Les maîtres du kebab
SAÏD, LE CAISSIER
Il est né, il a grandi et continue de se balader dans les ruelles du 13e. Entre Tolbiac et Place d’Italie, Saïd, dit “le caissier”, découvre les joies du kebab “à 22francs” au moment où Disiz la peste lui rendait hommage dans le titre “Ghetto Sitcom”. Elevé au MacDo (il y a fêté son 10e anniversaire), Saïd est pourtant sportif : foot, boxe, karaté… grâce à l’exercice, il élimine les calories emmagasinées.
Après le brevet, il intègre la prestigieuse « Kebab Academy » à Istanbul où il apprend à manier le couteau auprès des plus fines lames de Turquie. Spécialiste du « rendu de monnaie », il obtient haut la main son master de Kebabologie, mention « caissier ». Il rentre alors dans la capitale française pour devenir testeur…
Saïd est un habitué du resto « France-Gourmet », au 195 rue de Tolbiac (75013). Vous l’y croiserez sûrement, attablé devant un match de Ligue des Champions.
ISMAËL, LE BOUCHER DU TREIZIÈME
Dans un village berbère des montagnes marocaines, le petit Ismaël est né sous une bonne étoile. Alors qu’il s’apprêtait à voir le jour, sa mère, tout en luttant pour le faire sortir, savourait un kébab à la viande de chèvre, en plein accouchement. Dès que le nourrisson se mit à pousser ses premiers cris, elle n’hésita pas à le lui mettre dans la bouche pour l’apaiser : première bouffée d’oxygène, premier grec. Son destin était scellé.
La suite, c’est l’histoire d’un jeune prodige de la broche, d’un virtuose de la barbaque. A 5 ans, alors que ses copains jouent au foot avec des oranges, Ismaël découpe déjà des chameaux à mains nues, dans les règles de l’art. A 10 ans, il remporte au Kurdistan le titre suprême, la barquette d’or, qui couronne le meilleur artiste-boucher au monde (l’épreuve consistait à sculpter une babouche à partir de viande de grec, en moins d’un quart d’heure). Les prestigieuses universités d’Harvard et d’Oxford se l’arrachent pour leur classe prépa « rôtisserie », mais Ismaël décline toutes les offres. A l’instar d’un prophète, il se lance dans un tour du monde des kebabs, à dos d’âne, pour prêcher la bonne cuisson, une mission récompensée par la légion d’honneur turque il y a 2 ans et un statut d’ambassadeur de l’ONU.
Depuis, le Boucher organise des colloques et des conférences sur son art, mais il se murmure dans le milieu qu’il confectionnerait secrètement, dans sa cabane en rondins du 13e arrondissement, un grec magique, le kebab absolu, la perfection…
SHAZ, LE CANNETIER D’ISLAMABAD
Années 80, quelque part à l’est du 9-3. Shaz naît, et, au lieu d’être allaité, il est immédiatement mis sous perf’ d’un mélange de sodas. Petit, déjà, au moment où les autres collectionnent les images panini, il entasse secrètement les canettes les plus originales dans un box désinfecté. Adepte de l’école buissonnière, il passe de nombreux après-midis à arpenter les rayons « boissons » des supermarchés, sous l’œil méfiant des vigils.
Mais sa réputation, c’est à l’étranger qu’il la bâtit. Lors de ses nombreux voyages au Pakistan, Shaz est interloqué par l’utilisation abusive du terme « Pepsi », utilisé au « pays des purs » pour désigner n’importe quelle boisson gazeuse. Il entreprend alors un master de kebabologie, mention « Miranda » à l’Université Islamique Internationale d’Islamabad, puis en erasmus à l’Université Dokuz Uylül d’Izmir. « Le canettier d’Islamabad » était né.
Après quelques attentats à la canette piégée ratés, il revient en France, kalachnikov à l’épaule, pour y devenir testeur. Etrangement hostile au maïs grillé et au marron chaud, il leur préfère un grec sauce samouraï, accompagné d’un « pepsi ».
OSSAMA, dit « MONSIEUR PROPRE »
Ossama ne sait pas exactement où ni quand il est né. Tout ce dont il se souvient, c’est du carrelage froid et sale des sanitaires où il a été abandonné, celles d’un kebab reculé d’Anatolie, lieu d’errance de nombreuses filles-mères désargentées qui y déposent leurs rejetons. L’enfant des toilettes a grandi dans la crasse et les immondices. Pour survivre, il a du apprendre à frotter, récurer, balayer, refrotter, aspirer, jusqu’à obtenir un environnement assez sain pour développer son corps devenu musclé à force de magner l’éponge.
Un jour, il a eu une révélation, un oracle murmuré dans un bruit de chasse d’eau cassée : « Ossama, tu seras le pourfendeur de la saleté, le justicier de l’hygiène, tu seras… Monsieur Propre. »
Depuis ce moment, armé de sa serpillère, de ses gants Mapa rose et de son seau, l’être des WC turques parcourt le monde répugnant des Kegrés afin d’en éradiquer toute trace de moisissures et autres bactéries nocives. Rien ne lui échappe, pas même un poil de barbe cramé sur bout de tomate. Il a été élu en 2005, « Brosse à chiottes » d’or à Istanbul, au Gala des Techniciens de surface spécialisés dans les Kebabs.
Ossama, est membre honoraire des services d’hygiène de la ville de Paris. Un atout de taille pour SauceSamourai.com à l’heure où les scandales sanitaires éclatent de toutes parts.




[...] l’heure où l’on ne jure que par le bio, les produits frais et un corps sain, nos 4 gonzos se lancent dans l’univers magique de la kébabologie. Assumer ses convictions et les [...]